
Bouffon de l’intime
« Les bouffons viennent d’ailleurs, ils sont liés à la verticalité du mystère, ils font partie de la relation du ciel et de la terre dont ils renversent les valeurs. Ils crachent sur le ciel et invoquent la terre; en ce sens, ils sont dans le même espace que la tragédie; ils se croisent sur la même verticale. »¹
Au coeur de leur cérémonial, dans un temps qui est le leur, ils convoquent les mots et un langage de l’intime qu’ils partagent en secret avec le spectateur. Ils invoquent le pouvoir de la musique pour transcender leur descente au coeur de l’être, en quête de vérité. Ils lancent des incantations. Un miroir est tendu vers la folie des humains.
A la manière d’un géologue qui descend au présent dans les couches du passé, ils sondent la mémoire, vers les zones de vie refoulées, soumises à la honte, les non-dits , et leur donne chair. Ils vont chercher l’inavouable pour le mettre en lumière.
Dans leur quête, les Bouffons modèlent leur corps en mouvement cristallisent des émotions. Ils les parodient, les distordent, les expulsent, pour mieux les apprivoiser, les dépasser, les rendre perceptibles.
Ils ouvrent une faille et en libèrent les tensions. Tout se met à vibrer autour d’eux. Le fragile, instantanément brisé, devient ductile, jamais rompu dans son mouvement. Le magma, chaos de matière informe, remonte depuis les chambres obscures vers la surface en rythmes saccadés. Çà jaillit en volcan à l’air libre. La boue devient roche, la lave devient minéral.
1Jacques Lecoq, 1987, Théâtre du Geste, Bordas p 119