Surtout ne fais pas de bruit…

Création 2026

Texte et mise en scène : Lélius

avec:

Pierre-Antoine Winter-Samary, acteur compositeur de la berceuse

Armand Delattre, circassien roue Cyr acteur

Yaping Wang, musicienne compositrice Yanqin

Lélius, auteur metteur en scène acteur

Baudouin Rencurel, conception et régie son

Irène Bernaud, création confection costumes

Création lumière, distribution en cours

Note d’intention

Le phénomène des abus à caractère sexuel sur les personnes les plus faibles, notamment les enfants, émerge dans la prise de conscience publique. Ce mécanisme puissant de domination patriarcale opère par le moyen d’une violence muette et souvent inconsciente. Régulièrement, l’étendue du phénomène nous est révélée plus amplement. Des rites de dévoration de la progéniture de certaines sociétés primitives auraient été remplacés dans nos sociétés modernes par la relation incestueuse, quasi instituée dans certains milieux familiaux.1

Comment trouver les mots pour l’écrire ? Est ce qu’il est possible d’en illustrer quoi que ce soit ? Comment faire théâtre de l’irreprésentable ? Comment donner à percevoir, sinon à comprendre, une relation monstrueuse, sans sombrer dans le sordide ou la gratuité ? Ces questionnements sont à l’origine du présent projet d’écriture et de mise en scène.

J’ai choisi d’inverser l’élan spontané vers les victimes en me mettant dans la peau d’un agresseur sexuel fictionnel, qui va tenter de revenir sur ses actes. On n’entend que très rarement cette voix. J’ai imaginé qu’il puisse être l’un d’entre nous. Un être avec des sentiments humains.

Un homme, envahi de désir pour son fils sans en être conscient, en vient à abuser sexuellement de lui. Il finit par céder face au désir devenu trop puissant avant de se donner la mort.

Quatre axes d’écriture sont entremêlés sans hiérarchie : une quête d’amour inassouvie, présente chez l’homme depuis qu’il est nourrisson, la puissance de son homosexualité refoulée, sa position de solitude et de rejet vis à vis de la société et enfin son élan vital de reconstruction de la relation avec sa victime et avec lui-même.

Le texte prend place après son geste autodestructeur. Sous la forme d’un monologue avec des parties de choeur, on suit la voix intérieure du mourant. Son langage, circulaire et logorrhéique, se déconstruit à l’approche de la mort pour n’être plus qu’un flux de mots sans phrases. Il dialogue intérieurement avec l’enfant qu’il vient de violer et essaie de comprendre ce qui l’a mené jusqu’à son geste fatal.

Écartelé entre des souvenirs fantasmés et ce qu’il a réellement vécu, le puzzle de sa vie se reconstitue jusqu’à sa naissance. Dans un état de coma, les barrières tombent, sa mémoire se libère par à-coups. J’ai capté les mouvements inconscients de cette introspection jusqu’à la prise de conscience du pire. Pour m’éloigner du réalisme psychologique et du jugement moral, j’ai accentué les états ressentis jusqu’à l’absurde et fait appel à l’humour noir.

Le spectateur est invité à entrer dans sa peau, à éprouver les mouvements du combat intérieur de cet homme face à la résurgence de l’irréparable et le vertige qu’il ressent devant sa propre réalité.

Les bouffons, êtres surhumains, se délectent des vices de l’humanité pour mieux les dénoncer. Je les convoque, pour donner chair à l’impensable relation incestueuse dans un cérémonial de purgation. En invoquant la parodie et le grotesque, je fais appel à leur pouvoir de châtiment, de mise à distance, mais aussi de dépassement et de consolation de cette douleur humaine. Un théâtre rituel pour arrêter la transmission aveugle de la violence. Un exorcisme.

Pour donner vie à cette famille de bouffons nous seront quatre: un acteur jouera le père, un circassien le fils, une musicienne dirigera musicalement la représentation et moi même je serai maître de cérémonie.

1 PUDLOWSKI Charlotte, Ou peut-être une nuit, Podcast, Ed. Louie média, 2020

https://louiemedia.com/injustices-2/ou-peut-etre-une-nuit

Travail en cours (extraits)